La maternité, une aventure extraordinaire...


J'ai consacré de nombreuses années à tenter de mieux comprendre le passage de la naissance. J'ai préparé et accompagné de nombreux couples pour la naissance de leur enfant.
Peu à peu, j'ai élargi ma réflexion au vécu des femmes au cours de leurs différents passages: puberté, âge adulte, maternité, ménopause. Il est très intéressant pour les femmes de mieux comprendre ces passages de vie transformateurs et la puissance des hormones qui interagissent au cours des cycles.

Il y a eu la naissance du Centre Pleine Lune il y a déjà plus de 5 ans puis l'émergence tranquille de Ô Féminin, espace de rencontre avec la force du Féminin.

Isabelle Challut






jeudi 27 janvier 2011

Développement des Maisons de naissance au Québec

Deux messages en une journée mais ce vidéo est trop important pour attendre de le diffuser!
Il témoigne de la situation des Maisons des Naissance, du travail des sages femmes et de la demande des femmes.


Rencontre des médecines.

Infirmière depuis plus de 20 ans, j'ai pu observer les limites de la médecine conventionnelle. Curieuse, j'ai commencé assez jeune à explorer d'autres approches pour tenter de comprendre comment maintenir une bonne santé, comment être plus sereine et surtout avoir moins peur de la maladie et me sentir plus autonome. 

Et puis j'ai  pris le temps de regarder  ce qui se passe ailleurs, dans d'autres cultures: tout le monde ne se soigne pas de la même façon et toutes les sociétés ne font pas les mêmes choix. 

Je suis plus spécialisée au niveau de la naissance et j'ai souvent cité les Pays Bas où l'accouchement est considéré comme étant un processus physiologique. Les naissances à domicile avec une sage femme y sont favorisées. Ainsi, plus 30% des femmes donnent naissance chez elles, 85% des sages femmes travaillent en libéral. Le taux de césarienne était de 13,6% en 2002 (1). Le taux au Canada était en 2001 de 21,2% et en 2010 de 26% (2). 

Au Québec, les sages femmes ont vu leur pratique légalisée il y a quelques années mais elles sont encore limitées aux maisons de naissance et il n'y en a que 8 au Québec! Le discours officiel défend encore la soi disant sécurité de l'accouchement en milieu hospitalier et les sages femmes restent très méconnues du public.

Pour les soins de santé, c'est la même chose: on privilégie les médicaments chimiques, même si les études laissent souvent à désirer, si les très puissantes compagnies pharmaceutiques ont le monopole, font leurs propres études et vendent leurs produits à nos gouvernements avec des profits de plusieurs milliards!
Parallèlement,  les plantes sont souvent présentées comme dangereuses et inefficaces en même temps...

Des entreprises, des herboristes, des thérapeutes travaillent très fort pour prouver l'efficacité et l'innocuité des plantes. Des professionnels issus du milieu médical, que ce soit des infirmières, des médecins, des chercheurs se questionnent et osent  découvrir ces approches complémentaires à notre médecine conventionnelle. 
J'ai moi même intégré dans ma vie certains outils dont le yoga, l'antigymnsatique, la méditation, les plantes médicinales et l'ostéopathie.
J'ai constaté leur apport indéniable dans la santé de ma famille:  en travaillant en PRÉVENTION mais aussi dès qu'un DÉSÉQUILIBRE survient, nous évitons souvent que ça dégénère et que la maladie s'installe. C'est très simple, il suffit d'apprendre à S'ÉCOUTER,  à se faire CONFIANCE et reconnaître lorsqu'on est en déséquilibre. 

Il n'y a pas de remède miracle. Sinon il serait déjà commercialisé! 

Mais cette prise de conscience personnelle, cette RESPONSABILITÉ de ce qui nous arrive nous permet de nous prendre en charge et de choisir les outils les moins dommageables pour notre corps et notre santé.

J'ai étudié l'herboristerie qui est un savoir ancestral présent sur tous les continents: c'est la connaissance globale des plantes et des herbes de notre territoire. J'ai ainsi découvert au fil des années des alliées très puissantes que je garde précieusement à mes côtés. Parallèlement, la médecine nous offre des outils diagnostiques, des soins d'urgences et chirurgicaux merveilleux que nous ne pouvons pas renier.

A quand le grand mariage entre ces savoirs si complémentaires?

Je suis en lien avec plusieurs thérapeutes, médecins qui travaillent dans ce sens.
Marie Provost, de la Clef des Champs, collabore avec Santé Canada pour la reconnaissance des plantes. C'est un travail colossal qui est effectué par elle et son équipe.
Avec un groupe de professionnels de la santé et de thérapeutes, nous organisons le salon «Santé & Bien-Être» le 18 février 2011 à St sauveur dans les Laurentides pour présenter nos approches et notre vision de la santé. Il y a entre autre le Dr Joël Monzée, chercheur en neurosciences et psychothérapeute qui a beaucoup travaillé sur le ritalin et  les soins des enfants atteints de troubles de comportement.(3)
Christine Angelard est aussi une personne ressource dans ces processus d'ouverture: médecin en France , elle est devenue thérapeute en santé globale sans renier la médecine mais en mettant l'accent sur la prévention et le support dans la maladie avec différents outils. Je l'invite dans notre région du Québec, à Ste Adèle, à donner un atelier:
« Les 5 piliers de la santé» les 9 et 10 avril 2011 (4).

Rien n'est acquis, nous devons garder notre liberté de choix en santé et rester responsable de notre santé.


Sites de références


jeudi 13 janvier 2011

Rencontre à 8h44.

Voici le témoignage d'Annie, de sa césarienne puis de son AVAC. 


«Je m'appelle Annie et j'ai vécu deux accouchements complètement différents.Voici notre histoire.
C'est avec du recul que j'ai pu comprendre ce qui a bien pu se passer pour que j'en arrive, moi, à vivre une césarienne.
Une simple peur qui aurait pu être désarmorçée par une personne-ressource...
Évidemment, je n'étais pas préparée à vivre ça... 
La seule chose que je m'étais dite, est que, si ça arrivait, ce serait pour la survie de mon enfant dans une circonstance qui l'obligerait.
Ceci ayant été dit et compris, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps pendant l'heure qui a suivie... seule...
Après avoir vécu en symbiose avec mon bébé pendant neuf mois, on me l'a présenté en un quart de seconde sur mon épaule et on l'a emmené.
Même en la sachant avec son papa, peau à peau et en me persuadant que c'était précieux pour lui aussi, je ne pouvais pas m'empêcher de penser qu'il était atrocement injuste d'avoir été privée de cette première heure si importante. Cette rencontre que j'avais visualisée tant de fois en hypnose. Celle qui, apparemment, estompe la douleur... arrête le temps... et grave dans le coeur des parents, cet instant de magie.
C'est lors de ma 4ème journée à l'hôpital que j'ai rencontré Isabelle qui était infirmière à ce moment-là. 
Je me rappelle lui avoir demandé:" Mais, ou étais-tu? "

Enceinte de mon deuxième enfant, l'idée d'avoir le service d'une doula était pour moi essentielle mais j'ai quand même tenu à laisser Mike y réfléchir quelques temps.
Il craignait qu'une tierce personne puisse nuire à notre intimité ou même nuire à la qualité de sa présence...
Il n'a jamais regretté sa présence ni son assistance. Même pour lui, elle était rassurante et ce, malgré la barrière de la langue...
À chaque visite médicale, on me rappelait les risques de l'AVAC.  Même dans la chambre d'accouchement, le médecin a essayé de me les rappeler! Je crois que sur mon visage, il a pu lire: "Sacrez moi patience avec vos foutus chiffres..." 
J'ai refusé d'aller à Ste-Justine à la clinique de recherche pour la mesure de la cicatrice utérine; je n'ai pas fait le test pour connaître le poids estimé de bébé à la naissance et je ne me suis pas présentée pour le test de glucose... Nous étions bien informés des POUR et des CONTRE, nous sommes des adultes responsables, des parents dévoués et malgré cela, je me suis fait sermonner par un des docteurs qui n'avait toujours pas compris  à quel point une femme enceinte a les émotions à fleur de peau. Je suis sortie du bureau les épaules tombantes comme prise en faute, toute envie de combat voulant m'abandonner. 
Un simple coup de fil à Isabelle m'a permis de prendre du recul, de réévaluer nos décisions et m'a redonné du vent dans les voiles.
Après chaque rendez-vous médical, je m'entretenais avec elle et ça me permettait d'avoir un autre point de vue médical et aussi personnel, venant d'une femme ayant vécu ce parcours.... qui me rassurait sur mes convictions.

Pendant une semaine après avoir perdu le bouchon muqueux, j'ai eu des contractions, des sessions d'acupuncture, pris des potions magiques, fait tous les trucs de grand-maman... Je me sentais toujours sur le seuil de la porte... J'ai réalisé que j'étais inquiète de la garde de ma fille.. Nous avions des plans A, B et C mais....j'avais toujours en tête, mon scénario idéal pour que l'évènement se déroule sans trop de dérangements dans sa routine... C'est en réalisant que mon plan parfait pour la fin de semaine n'aurait pas lieu, que je me suis couchée dimanche soir en me disant: "Advienne que pourra"
Lundi matin, je me suis rappelée ce qu'étaient de VRAIES contractions.. Oouch!

Toute l'avant-midi, j'étais en contact avec Isabelle pour la garder au courant de la progression. 
Je ne voulais pas partir trop vite, ni trop tard. Elle m'a rassuré beaucoup à ce sujet.
À chaque contraction, je me suspendais aux marches de l'escalier; je fermais les yeux et parlais à mon bébé: "Tout est en place, on est prêt, on a hâte de te rencontrer... Sois sans crainte, papa et maman seront là pour te cueillir... Je vais être avec toi tout au long de ton chemin... Viens..."
À l'hôpital, Isabelle a été un ange. Sa voix rassurante me ramenait dans mon corps avec mon bébé.Sa seule présence était une force inspirante. Merci encore.
L'ouverture du col s'est faite graduelle, constante, à un rythme qui m'a permis de garder le contrôle sur mes respirations.
J'ai valsé entre différentes positions, la plupart en étirement. Ça été mon épidurale.
Lors de la poussée, j'ai eu connaissance de l'arrivée de mon médecin et de 2 infirmières (je pense) mais je n'entendais que les voix de mon amoureux et d'Isabelle qui ont su me dire les mots, les bons. Ils avaient été avec moi sans jamais me laisser seule dans cette chambre, du début et ce, malgré les changements de chiffre....jusqu'à 8h44... heure de la rencontre tant attendue...que j'avais visualisée encore et encore.

C'est ma main sur son sexe qui m'a permis de réaliser que j'avais réussi, tout naturellement, à mettre au monde mon garçon!!
Ça fait aujourd'hui 10 mois que, tous les jours ou presque, je regarde l'heure, au moment précis de sa naissance. 8h44...
Merci Isabelle.
Merci Nathalie.»
Merci Annie. Le témoignage d'une femme, de son vécu est très important pour encourager d'autres femmes et leur conjoint à choisir leur accouchement. 

samedi 8 janvier 2011

Solutions locales pour un désordre global

J'ai assisté hier soir au visionnement du film de Coline Serreau. Ce qui m'a frappée dans ce documentaire qui dresse un constat catastrophique de notre lien avec la Terre, de notre acharnement à produire et à détruire   les sols, est la similitude avec la situation des femmes qui accouchent à notre époque.

Michel Odent en parle depuis longtemps mais hier soir, pendant le film, j'étais attérrée par nos choix de société déshumanisés et finalement, comme le dit M.Odent notre «incapacité d'aimer».
La naissance est devenue un passage hyper contrôlé, avec énormément d'interventions, de drogues utilisées pour accélérer, soulager, déclencher...on ne fait plus confiance à la nature et à la capacité des femmes de donner la vie. 

L'agriculture qui s'est développée depuis 50 ans a privilégié l'utilisation massive de pesticides, d'engrais (issus de l'industrie de la guerre) pour produire plus sans analyser les conséquences : la destruction des sols, l'impact sur la santé des humains et des animaux.
Un des intervenants dans le film constate : «on fait de la gestion de problèmes et non de l'agriculture».
Dans nos unités d'obstétrique, on gère aussi les conséquences des interventions multiples plutôt que faciliter la physiologie de base.

En Inde, au Brésil, En France et dans de nombreux pays, des agriculteurs ont décidé, malgré les pressions, parfois les poursuites, de choisir une agriculture biologique  respectueuse de la nature; leur production est toujours aussi bonne, voire meilleure, avec une terre qui ne s'épuise jamais, les animaux et la forêt unis au processus de production. Tout est inter-relié et utile dans la nature et la compartimentation nuit aux processus.
Voici ce que dit un de ces pionniers du biologique: «On traite la Terre comme les femmes: les deux sont fertiles et on cherche à les contrôler!»
Dans la plupart des cultures, les femmes se sont toujours occupé des semences et de la Terre. La productivité masculine a pris le contrôle des semences et de l'agriculture. Pourtant, un milliard d'humains ne mangent pas à leur faim.
Depuis la nuit des temps, la Naissance est une affaire de femmes. Notre siècle a vu la médecine prendre le contrôle des accouchements et vouloir rentabiliser, optimiser, sécuriser... les processus. Pourtant le taux de mortalité maternelle est en augmentation dans nos pays industrialisés.

Faire du biologique, c'est redonner l'autonomie et la liberté aux agriculteurs ( qui ont perdu dans la plupart des pays du globe la propriété de leurs semences qu'ils sont OBLIGÉS d'acheter à des multinationales comme Mosanto). C'est aussi lâcher le contrôle et laisser la nature faire ce qu'elle a à faire et qu'elle fait formidablement bien. Favoriser les accouchements, c'est aussi lâcher le contrôle, laisser le temps aux femmes d'accompagner leur bébé, en choisissant ce qui est le mieux pour elles.

Voici un extrait d'un livre de Michel Odent : «De toute évidence, les processus physiologiques étaient perturbés le moins possible dans les groupes humains où les bases de la stratégie de survie n'étaient pas de dominer la nature.» (1).....
«Si la planète reste habitable - une hypothèse qu'il ne faut pas écarter - cela implique que «homo superprédator» aura finalement été remplacé par «homo écologicus». Homo écologicus se caractérisera par sa tendance à unifier, par sa capacité à développer une prise de conscience planétaire, et par un profond respect pour la Terre Mère».(2)

Une image à la fin de film que je trouve assez marquante: on voit une famille en Inde sur un scooter. Le père conduit, il a un casque pour se protéger. Sa femme et leur enfant sont installés à l'arrière, sans casque...

Je vous rappelle que Michel Odent sera à Montréal  les 16 et 17 mai 2011 pour partager ses recherches et son travail sur la physiologie et l'écologie de la naissance.



(1)Michel Odent «L'amour scientifié» Éditions Jouvence 1999. p.46
(2) p.163


   

mardi 28 décembre 2010

La naissance de Jules

Je vous partage le témoignage d'une mère qui m'a envoyé ce texte il y a quelques mois déjà. Son histoire illustre bien la situation si souvent vécue en salle de naissance. Voilà pourquoi l'Accompagnement des femmes qui accouchent est si important.

«Il y a deux semaines j’ai eu la plus belle des nouvelles. J’aurai la chance de donner la vie pour une deuxième fois. Un être à part entière, avec sa propre  histoire à venir, prendra tranquillement forme à la source même de mon ventre. J’ai déjà des sursauts d’attendrissement en pensant à lui.

Cette nouvelle m’oblige à repenser à mon dernier accouchement. Sans dramatiser ce qui s’est passé ou à envisager les évènements comme un échec. Je dois admettre que j’ai l’impression d’avoir subi cet accouchement sans avoir pu y mettre du mien, sans avoir laissé mon corps de femme s’ouvrir pour accueillir Jules dans mes bras de mère. J’ai été incrédule à l’arrivée de Jules. Sans l’avoir vu sortir de moi, sans avoir constaté que je donnais naissance à mon bébé, j’avais beaucoup de difficulté à valider mon statut de mère. On m’a apporté un magnifique poupon nettoyé, enveloppé dans une couverture qui n’avait pas tout à fait l’odeur de la naissance. Je n’étais pas convaincue!

J’ai longtemps ri dans ma barbe de voir ma mère parler de son premier accouchement, il y a 32 ans, avec le même degré d’émotion qu’un évènement qui se serait passé la veille. Elle en veut encore au médecin de l’avoir brusquée et endormie. Or, maintenant, je ne ris plus, je comprends. Je comprends la signification d’un accouchement, de sa résonance pour notre identité de femme. Pour la confiance qu’il  peut nous apporter pour revêtir notre nouvel habit de maman. Et j’arrive un peu plus à  saisir le stress, la perplexité et l’impuissance que j’ai vécus pendant le mien.

J’ai crevé mes eaux à 23:00 dans la joie! J’allais mettre notre enfant au monde. Nous allions l’accueillir dans notre vie et prendre soin de lui. Or, la douleur m’a vite ramenée à la réalité de l’accouchement. Des contractions, ça fait mal! C’est comme des chocs électriques qui  traversent le corps sans ménagement. J’arrivais tout de même à apprivoiser la douleur. Mais je ne ressentais pas de support de mon entourage. L’unité de naissance était débordée, j’ai été accueillie poliment mais sans sourire, sans chaleur particulière, de la même manière qu’on accueille une patiente pour des pierres au rein. Certes, je ne suis pas extraordinaire parce que j’accouche et je ne veux pas de traitement de faveur mais un sourire complice m’indiquant que l’on reconnaît que ce qui m’arrive est à la fois un évènement inconnu et charnière dans ma vie de femme.

Les deux salles de naissance étant occupées,  on m’attribue une chambre dénudée où j’ai froid. L’infirmière ne me parle pas ou très peu. Elle ne me sourit pas, elle ne semble pas être heureuse d’être avec moi et de m’aider à mettre au monde mon fils. D’ailleurs elle ne m’aide pas, elle applique un protocole.

Malgré cette déception peut-être un peu naïve, j’ai essayé de me concentrer et de bien vivre les contractions. Pierre était à mes côtés, il marchait avec moi, je m’accrochais à son cou pour reproduire les positions qu’on m’avait montrées pendant les cours prénataux.  Après un certain temps, j’ai eu enfin accès à un bain tourbillon dans une salle de naissance. 
Je me suis réfugiée dans le bain. La pièce était sombre et feutrée, je me concentrais sur les contractions et je visualisais mon bébé. Ce fut la plus belle partie de mon travail. Par contre, j’aurais aimé avoir une femme ayant déjà accouché à mes côtés pour me rassurer, m’accompagner. Alors que j’étais dans le bain, j’ai entendu la femme dans l’autre pièce avoir son enfant, le médecin l’encourager et les premiers cris du bébé. Ce moment fut émouvant: elle avait donné la vie et dans quelques heures, comme elle, j’entendrai les cris de mon fils!

Je ne sais pas combien d’heures je suis restée dans le bain mais j’y étais bien. Or, je sentais que Pierre voulait que je sorte, l’infirmière m’y encourageait également. Je suis sortie malgré l’inconfort du froid et de la salle de naissance trop éclairée. On a vérifié mon col et je n’étais dilatée qu’à trois centimètres malgré la nuit de travail! Déception, fatigue, inconfort, douleur… Je croyais que l’accouchement progressait avec une dilatation continue mais finalement toutes les contractions vécues jusqu’à maintenant l’avaient été pour presque rien... J’étais terriblement fatiguée et découragée. J’avais besoin qu’on m’aide, qu’on me guide, qu’on m’encourage à trouver une façon de retrouver ma concentration.

J’aurais dû me relever, bouger pour reprendre le contrôle de la situation où retourner dans le bain et son confort. Mais on m’a proposé l’épidurale et ma fatigue, mon désarroi devant la douleur, m’ont donné le goût d’accepter. À partir de là, je ne voulais plus avoir mal. 
L’épidurale n’a pas bien fonctionné. J’avais mal, mes jambes étaient prises de secousses, j’avais froid  et je ne pouvais plus bouger. Ma concentration n’allait plus au bébé à naître mais à l’anesthésiste qui ne revenait pas. J’étais stressée.  Finalement il est revenu, m’a injecté une nouvelle dose d’anesthésiant qui m’a soulagée rapidement. 
Or, une ou deux minutes plus tard, le rythme cardiaque de Jules, qui était sous moniteur, a ralenti dramatiquement. J’étais terriblement inquiète et perdue; j’avais peur. L’infirmière semblait paniquée et criait pour qu’un médecin vienne. Dr X. a examiné rapidement mon col et, avec une main sur mon épaule et une voix douce, il m’a annoncé qu’il valait mieux sortir mon bébé de là. Après ça, rien ne m’appartenait plus: ils m'ont endormie pour une césarienne.

C’est drôle, maintenant que j’y pense, des cinq personnes qui m’ont entourée durant mon travail, il n’y avait aucune femme qui avait l’expérience de l’accouchement. Mon conjoint, deux médecins hommes et une femme sans enfant. 

Je repense à cet accouchement et me demande comment les choses auraient évoluées si j’avais retrouvé confiance et un peu de concentration lorsque j’en avais besoin. Est-ce que j’aurais vu Jules naître? Est-ce que je l’aurais tenu dans mes bras encore tout chaud de mon ventre? Est que j’aurais entendu ses premiers cris? Perçu ses premiers mouvements?

Je suis la première responsable du déroulement de cet accouchement. J’aurais dû rester concentrée et être à l’écoute de mon confort. Ne pas me sentir découragée par mon trois centimètres de dilatation et ne pas accepter la pression... Mais voilà, j’ai fait ce que j’ai pu avec le support que j’ai reçu. Et Jules est un p’tit bonhomme magnifique et heureux.

Malgré tout j’aimerais me donner tous les moyens pour avoir un deuxième accouchement serein. J’aimerais avoir l’impression d’être la femme qui accouche et qui décide pour moi-même.  J’aimerais accueillir mon enfant. »

Merci Catherine. 

samedi 18 décembre 2010

Passage.


J'écris mon dernier texte de l'année car nous allons maintenant prendre du temps en famille, pour célébrer, se reposer et passer en douceur vers 2011. C'est comme une naissance:  un lent passage vers une nouvelle année, un peu en dehors du temps. Il y a eu des moments de joie, des chocs,  des grosses contractions mais aussi de  l'amour, du partage, des prises de conscience... en 2010. 

Je crois qu'il est important de prendre le temps d'intégrer cette année, riche de rencontres et d'expériences agréables ou non mais qui nous ont construits.

2010 s'est terminée avec le congrès Enfanter le Monde dont je vous ai parlé et la pièce Naissance qui fut une soirée très stimulante, dédiée à l'expression des femmes.
Dans mon coin de Québec, en 2010, j'ai réfléchi, écrit, transmis, peut-être parfois même agacé les professionnels de l'obstétrique pour qu'ils ouvrent vers cette vision naturelle mais aussi sacrée de la naissance, vers l'accueil de l'enfant et le respect des femmes, de leur corps et de leur vécu.

Je me détache peu à peu du résultat pour continuer à ouvrir d'autres voies car même si le milieu médical semble encore souvent sclérosé, je ne perdrais jamais l'espoir que de petits changements se mettent en place et que l'éducation et l'accompagnement des femmes et des hommes sont les principaux moteurs du changement de notre société.

J'ai rencontré dans, ou issus du milieu médical, des personnes engagées, impliquées, au coeur grand ouvert et à la conscience éveillée qui m'ont réchauffé l'âme et donné espoir: mon amie et médecin-anesthésiste-préférée-hors-de-tout-doute, dr Renée Bolduc, qui dans sa pratique hospitalière, informe, respecte les femmes et leurs besoins quelques soient les pressions extérieures;  Christine Angelard, médecin en France et devenue thérapeute en santé globale au Québec qui écrit, transmet  et accompagne les personnes qui souffrent avec des approches alternatives; dr Michel Odent, qui nous parle inlassablement de la naissance avec le coeur, dans le respect des femmes, des enfants, des parents, de la formidable organisation naturelle des choses et de la volonté de domination de l'homme; mon ami, dr Joël Monzée, chercheur en neuro sciences et psychothérapeute, dénonçant courageusement les effets du ritalin et autres drogues; des infirmières, des pharmaciens, des médecins, des psychologues travaillent activement dans ce sens aussi.

Et puis il y a tout un monde infatigable qui oeuvre inlassablement à l'ouverture depuis tant d'années: les merveilleuses sages femmes, les intervenantes, les accompagnantes, les centres de ressources en périnatalité, les maisons de naissance et les parents, des hommes et des femmes anonymes...je ne peux nommer tout le monde. 

Je souhaite que 2011 soit l'année de la rencontre des mondes et de l'ouverture du coeur.


Mon jardin sous la neige à Val David le 17 décembre 2010. Douceur et beauté sont au rendez-vous.

dimanche 12 décembre 2010

MON AVAC

Lundi 13 décembre, nous allons assister à la pièce «Naissance» à l'espace Go à Montréal; cette soirée est au profit de avac-info. Karen Brody a écrit cette pièce en 2004. Elle nous emmène dans l'intimité de huit femmes qui vont nous raconter leur parcours de grossesse et d'accouchement. Différents vécus, différentes histoires, parfois belles, parfois souffrantes. Un débat suivra la représentation avec une sage femme, une accompagnante et des médecins.
Une soirée importante, avec une supplémentaire mardi le 14 décembre. 
Ces témoignages de femmes sont nécessaires dans une société où le pouvoir médical est tout puissant et le vécu des femmes minimisé. Les interventions sont encore trop banalisées et justifiées par la sacro-sainte sécurité.
Je répète qu'aucune étude n'a pu prouver que l'accouchement en milieu hospitalier offre plus de sécurité que l'accouchement accompagné par une sage femme à domicile ou en maison de naissance. La remise en question de certains actes médicaux faits de façon routinière et de leurs conséquences possibles doit avoir lieu. J'espère que des programmes comme AMPRO (2) vont réellement permettre le partage des connaissances entre médecins, sages femmes  et autres professionnels.
Encore trop souvent, on continue de nuire aux accouchements, de déposséder les femmes de leur pouvoir et de leurs capacités en leur faisant peur et en choisissant pour elles. 
Je fais partie de celles qui se sont tenues debout mais qui ont payé un prix assez cher pour cela. J'ai voulu un Avac (1) au plus profond de mes tripes il y a déjà presque 15 ans...instinctivement, il était hors de question que l'on me fasse une césarienne simplement parce que j'avais déjà eu une césarienne, huit ans plus tôt. Je voulais sentir mon bébé passer, j'avais besoin de l'accompagner, de vivre dans mon corps ce passage vers la vie. 
Je n'imaginais pas que ce serait un parcours de combattante... 
Nous nous installions dans les Antilles et j'étais à 20 semaines de grossesse, certaine que, dans ce lieu au coeur de la nature, je pourrais accoucher naturellement; plus je rencontrais des médecins, plus je les questionnais et moins ils me répondaient. Ils me traitaient avec un air compatissant et me disaient: 
«Arrêtez de vous tracasser, on va faire ce qui est le mieux pour vous». Mais AUCUN ne répondait clairement à ma question : «puis je accoucher naturellement?». Jamais. Ils  m'ont infantilisée. Ils m'ont fait peur. Eux avaient peur que j'accouche seule et m'appelaient à la maison pour me parler des risques de l'Avac. Ils ont aussi fait des pressions sur la sage femme que je voyais pour me préparer. Et elle a fini par refuser de me voir, inquiète des conséquences possibles pour elle et son bureau.
Je cherchais désespérément de l'aide pour accoucher naturellement et toutes les portes se refermaient. Personne ne comprenait ce besoin viscéral de donner naissance à mon enfant. Personne n'a cherché à comprendre. 
Soit je cédais à la panique et suivais le courant, soit j'allais au  bout de ma confiance.
Comment expliquer à des médecins et infirmières cette force que je sentais, cette formidable confiance en mes capacités d'accoucher avec un bébé qui allait très bien et un corps en pleine santé?
Je me promenais entre le doute et la confiance. Entre la peur et la confiance. 
Et je choisis finalement la confiance, soutenue inconditionnellement par mon conjoint. Bien sûr, on m'a traitée de folle inconsciente... Je n'avais pas d'arguments scientifiques à amener et je pouvais juste transmettre ce que je sentais au plus profond de moi, notamment ce lien, cette connexion très forte avec mon enfant. 

Et j'ai la conviction que ce terrain de confiance a un impact sur le déroulement d'une naissance. 
Cet accouchement a été une initiation et une révélation de ce qu'est la naissance d'un enfant. Je sentais mon bébé à tous moments, je savais quoi faire et surtout je réalisais mon rôle de femme dans l'accouchement: me détendre, ouvrir, respirer et surtout accompagner.
J'ai tout de même flanché au moment où beaucoup de femmes doutent et ont besoin d'être rassurées, juste avant les poussées, juste avant la séparation d'avec l'enfant. Nous avons alors appelé un médecin qui n'avait jamais vu une femme accoucher debout et qui a pâli ...Il a appelé l'hôpital et après la naissance, sous la menace de me retirer mon bébé, on m'a emmenée de force à l'hôpital. Une plainte était déposée au palais de justice et ils avaient le droit de me retirer mon bébé.
 Et là j'ai vécu, sous le couvert du pouvoir médical, des violences que je n'oublierais jamais: pas d'eau et pas de couverture la nuit, pas de possibilité d'être lavée alors que je venais d'accoucher... je n'avais pas amené mon savon et eux n'en avaient pas! Lorsque je refusais que l'on emmène mon bébé la nuit pour lui donner un biberon, l'infirmière me dit: «les femmes comme vous, on les connait, vous ne tiendrez pas longtemps». Le lendemain matin, en attendant que mon conjoint m'apporte le fameux savon et des bouteilles d'eau, je recevais la visite d'un psychiatre qui devait évaluer mon état mental. Voici sa réponse après que je lui ai expliqué ce que je subissais depuis la veille: «madame, il faut les comprendre ...». 
La seule personne humaine que je rencontrais fut le pédiatre. Il me dit en souriant: «ne vous inquiétez pas, rentrez chez vous , tout va bien, votre bébé est en pleine santé». Je dois préciser que lorsque je suis arrivée à l'hôpital, personne ne me parlait , ils m'ont pris mon bébé et lui ont donné l'injection de vitamine k, l'ont lavé sans jamais répondre à la question que je répétais sans cesse: «où est mon bébé que j'entends pleurer. Qu'est ce que vous lui faites?». Personne ne m'a jamais répondu.
Cette expérience à la fois magique et extrêmement difficile a créé le sillon de mon implication auprès des femmes. Je comprends une femme qui désire un Avac plus que tout. Je ressens la violence qui est encore parfois faites aux femmes dans les salles d'accouchement. 
Surtout, je vois la difficulté de reconnaître ce qui est si important dans un accouchement : l'état intérieur de la femme qui donne la vie, son environnement, son lien avec l'enfant, ses doutes, ses angoisses... Puisse la médecine regarder ces facteurs et leurs effets sur les hormones de l'accouchement, sur le coeur foetal, sur les hémorragies...
Je n'ai jamais encouragée une femme à accoucher seule. Il est très difficile de faire ce chemin d'écoute de soi, de ce qui est le plus juste. Si j'avais senti que la césarienne était la meilleure option, je l'aurais choisie. Accoucher n'est pas un défi mais un accompagnement conscient de l'enfant.


Notes:

(1) AVAC: Accouchement Vaginal Après Césarienne
(2) AMPRO: Approche Multidisciplinaire en Prévention des Risques Obstétricaux